L’autre

Pitch:
Avril 1944, traqué par la Milice, un homme n’a qu’une issue pour s’en sortir…. devenir un autre.
Avril 1944. La Milice fait régner la terreur dans toute la banlieue lyonnaise.
Une nuit, Samuel Rosenthal, pourchassé par ces collabos tente de gagner la Suisse et trouve refuge chez le prêtre d’une paroisse, l’Abbé Jocelyn. Marceline, sa dame à tout faire, ne voit pas cette arrivée impromptue d’un très bon œil, d’autant que les soupçons du chef de la Milice locale se resserrent peu à peu autour de l’homme d’église et du fuyard. L’Abbé trouve alors une idée pour aider Samuel à se cacher et éloigner le danger qui le guette : faire de ce médecin juif le futur curé de la paroisse. Samuel va-t-il accepter cette proposition ?
Et si ce qui les unit était plus fort que ce qui les oppose ?
Avis de la rédaction:
Avec L’Autre, Didier Caron signe une œuvre d’une sobriété bouleversante, où le dépouillement scénique devient un véritable choix esthétique. Ici, seul le Verbe compte, seul le texte porte la tension, la mémoire et la charge émotionnelle. Le décor, volontairement simple, installe un espace presque nu, propice à l’écoute : un lieu où les mots, les silences et les regards prennent toute leur ampleur. C’est du Grand Didier Caron dans ce qu’il a de plus pur. Une dramaturgie qui avance sans artifices, portée par la force des interprètes.
La pièce propose un angle différent du Marchand d’étoiles, revisitant l’histoire par le prisme de la religion et de la conscience morale. Cette perspective donne au récit une profondeur nouvelle, où la question du choix, de la foi et de la responsabilité devient centrale.
Sur scène, Juliette Galoisy campe une femme de ménage naïve, mais d’une humanité bouleversante. Elle apporte une douceur fragile, une sincérité qui touche immédiatement. Face à elle, Miguel Vander-Linden, dans le rôle de l’agent de la Milice locale, livre une interprétation d’une justesse rare : criante de vérité, tendue, habitée. Son jeu, d’une précision presque glaçante, donne au personnage une dimension tragique qui dépasse la simple figure historique.
Didier Caron et Christophe Corsand complètent ce quatuor avec une finesse d’interprétation remarquable. Leur présence, leur écoute, leur manière de porter le texte sans jamais le surjouer, atteignent un niveau qui va au-delà du merveilleux. Ils donnent à la pièce son souffle, sa densité, sa vibration.
Ce spectacle crée un instant suspendu, un moment où le spectateur devient, malgré lui, le troisième personnage. Celui qui reçoit, qui comprend, qui transmet. Celui qui porte à son tour cette période trouble et marquante de notre Histoire. L’Autre n’est pas seulement une pièce : c’est un acte de mémoire, un geste de théâtre nécessaire, un rappel de ce que l’art peut faire lorsqu’il se met au service de la vérité humaine.
Un spectacle essentiel, puissant, profondément humain. Une pièce à ne pas manquer au Festival Off d’Avignon.
Info utiles:
théâtre le Buffon, Quartier Luna, rue Buffon
du 4 au 25 juillet, relâche les jeudis
A 13h00
numéro de réservation : 04 12 29 01 24
tarifs : 23€, carte off : 16€
