Théâtre à vendre
Pitch:
L’ombre d’un parking plane sur les lumières d’un théâtre à vendre. Les promoteurs rôdent. Ce soir pourtant, dans ce lieu menacé, trois comédiens qui ont débuté ensemble quarante ans plus tôt se retrouvent sur scène. Charles les a réunis sur ces planches désertées, avec une annonce importante à leur faire. À partir de cette situation simple et pleine de tension, la pièce fait surgir les souvenirs, les rivalités, les fidélités, les regrets, mais aussi le plaisir intact du jeu.
Théâtre à Vendre revendique une forme singulière : une comédie populaire qui ouvre grand la porte aux textes classiques. Ici, les situations font rire, les caractères s’entrechoquent, les répliques fusent, mais le spectacle convoque aussi, par éclats, l’héritage des grands auteurs. Molière, Racine, Shakespeare, Feydeau, Musset, Anouilh, Hugo, Rostand, Ionesco, Beckett et d’autres encore traversent l’imaginaire de la pièce. Le théâtre n’y est pas un décor : il y est un personnage, un refuge, une mémoire vivante.
C’est tout le charme de cette “Classi-Comédie”: offrir une soirée généreuse, drôle et sensible, où l’on entre par le plaisir du jeu et d’où l’on ressort avec, dans l’oreille, l’écho des grandes voix de la scène.
Avis de la rédaction:
Il flotte, dès les premières minutes, une ombre singulière sur cette scène : celle d’un théâtre à vendre, déserté, menacé, où les promoteurs rôdent comme des vautours. C’est dans ce décor en sursis que trois comédiens, amis de longue date, se retrouvent après quarante ans de carrière. Charles les a convoqués pour leur annoncer « quelque chose d’important ». Ce point de départ, imaginé par Christian Faviez, promet une ode au théâtre, à l’amitié, au temps qui passe, à ces secrets qui ne se libèrent qu’au crépuscule des vies artistiques.
La pièce, présentée comme une « Classi-Comédie », joue sur la nostalgie, les références, les clins d’œil au répertoire classique. Pour certains spectateurs, c’est un ravissement. Ils y voient un spectacle vivant qui délivre du plaisir, des rires, une connivence sincère entre trois artistes qui se connaissent par cœur. Ils saluent l’interactivité subtile, l’équilibre du jeu, la tendresse du final. « Un régal pour les yeux et les oreilles », disent-ils, heureux de retrouver un théâtre qui parle du théâtre, un hommage à la scène, à ses grandeurs et à ses petites failles.
Mais d’autres, nombreux, ressortent perplexes. Car si Juliette Degenne et Denis Cherer portent la pièce avec une justesse remarquable, capables de dire, de clamer, de faire vivre de vraies tirades du répertoire classique, la présence de Tex divise profondément. Certains spectateurs n’y voient qu’un Tex qui fait du Tex : mimiques, pantomime, grimaces, un registre qui semble détonner dans une pièce qui se veut une célébration du théâtre, de ses mots, de sa profondeur. Là où Degenne et Cherer incarnent, lui surjoue. Là où les deux comédiens donnent du relief, il donne du bruit. Et cette dissonance, pour beaucoup, fragilise l’ensemble.
On sort alors de la représentation partagé entre deux sentiments. Oui, l’idée d’un théâtre à vendre est belle, presque mélancolique. Oui, l’ode au théâtre, à ses planches, à ses souvenirs, touche. Oui, l’amitié entre les trois personnages fonctionne, et certains moments sont réellement attachants. Mais y faire danser un pseudo clown, comme le disent certains spectateurs, interroge. La pièce semble parfois hésiter entre hommage sincère et divertissement bancal, entre émotion et facilité, entre profondeur et cabotinage.
Il reste pourtant une vérité : Juliette Degenne et Denis Cherer sont excellents. Ce sont eux qui portent la pièce, qui lui donnent son souffle, sa tenue, sa dignité. Leur duo est solide, généreux, habité. Ils sauvent, par leur talent, ce qui pourrait sinon vaciller. Et c’est peut-être là que réside le paradoxe de ce spectacle : une belle idée, deux comédiens remarquables, un décor chargé de sens… mais un déséquilibre qui empêche l’ensemble d’atteindre pleinement sa promesse.
On ressort donc avec un sentiment mitigé, un peu perplexe, mais pas indifférent. Car malgré ses maladresses, Théâtre à vendre rappelle que le théâtre est un lieu fragile, précieux, menacé, et qu’il suffit parfois d’un rien — d’un bon texte, d’un bon comédien, d’un bon souffle, pour le sauver. Ici, ce souffle existe. Il ne vient pas de partout, mais il est là. Et il mérite d’être salué.
Info utiles:
Théâtre le Cinévox, Place de l’Horloge
Les lundis 13 et 20 juillet
A 16h00
numéro de réservation : 04 20 88 01 63
tarifs : 18€, carte off : 12.50€
