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Interview de Alexandre PESLE

REC : Comment voyez-vous le monde de la culture ?

Alexandre Pesle (AP) : Ce qui doit nous sauver, c’est la culture. Les gens sont moins malléables en ce moment. Au fond, c’est un vrai pilier de la démocratie. Dans le domaine culturel, il y a de la place pour la nuance, pour le non-dit et pour le dit ; c’est un axe vital de notre démocratie.

REC : On doit donner l’envie d’avoir envie d’aller au théâtre ou dans des comédie-clubs aux adolescents ; cela permet une ouverture d’esprit et de comprendre le monde autrement. La seule forme de théâtre que je n’ai pas encore intégrée, c’est celle des comédie-clubs, avec des passages de 7 à 15 minutes.

AP : Sur des prestations de 7 à 8 minutes, sans avoir ouvert la bouche, vous êtes déjà jugé sur votre apparence vestimentaire, votre visage et votre coiffure. Ce type d’exercice est vraiment très difficile. J’ai eu la chance d’aller voir quelques bons camarades dans un excellent comédie-club chapoté par mon fils aîné, où il laisse aux artistes 15 minutes, et j’ai vu de très belles choses. Je n’en fais pas, et je trouve l’exercice vraiment ardu.

REC : Le tremplin Jeunes Talents propose deux fois 15 minutes pour présenter, sur deux sujets différents, leur univers. Le gagnant revient l’année suivante avec son one man/woman show. Qu’est-ce que cela t’a apporté, à toi qui as déjà une carrière bien installée, de venir sur un festival d’humour et un tremplin de jeunes talents ?

AP : Cela me plaît, car la transmission est quelque chose d’hyper important. Il y a toujours une pseudo-guéguerre entre les anciens et les nouveaux ; on a autant à apprendre d’eux qu’eux de nous. Je serai présent dès le vendredi afin de prendre le pouls du festival. Je vais pouvoir — ou non — les accompagner, et il y a des personnes avec qui on a un vrai feeling. Je suis très curieux de voir la nouvelle génération, de voir comment elle s’empare des sujets et comment elle aborde le métier.

REC : Et toi, au tout début de ta carrière, aurais-tu aimé participer à ce type de tremplin ?

AP : Au début de ma carrière, j’ai travaillé avec Les Nuls pendant cinq ans. Le goût du spectacle m’est arrivé avec Patrick Timsit, quand j’ai commencé à écrire pour lui. Et tout d’un coup, j’ai vu la qualité et le travail phénoménal que cela nécessite. Tout cela m’a plu, mais c’est aussi un travail qui fait peur, parce qu’il y a quelques camarades comme Sellig qui travaille sur son septième spectacle, ou Anne Roumanoff qui travaille énormément ; faire six ou sept spectacles, c’est un véritable tour de force. Un spectacle, il faut l’écrire, le roder, le malaxer, reprendre certains sketchs afin que l’accouchement se passe le mieux possible. Il y a beaucoup de comédie-clubs avec des personnes qui essayent de s’y frotter ; mais du moment qu’on est bosseur et prêt à encaisser quelques réflexions désobligeantes — et obligeantes — au passage, on peut mieux travailler et arriver plus rapidement à ses fins qu’à mon époque.

REC : Vendredi soir, tu viens présenter ton spectacle Le Pesletacle ?

AP : Je joue avec les deux mots, comme le gamin un peu naïf de Caméra Café. Ce qui m’amuse, c’est de jouer sur cette connaissance-là : Le Pesletacle, on peut le lire de deux façons, et quand on sort du spectacle, on ne le lit plus que de la bonne façon.

REC : Dans le contenu de ce spectacle, tu reviens sur toute ta carrière, Charlie Hebdo et Canal+.

AP : J’aime la liberté d’expression.

REC : Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, comment le présenterais-tu ?

AP : C’est un spectacle sur la liberté d’expression. Peut-on rire de tout ? On peut rire de tout, et avec tout le monde. Le contraire de l’humour, ce n’est pas d’être sérieux : c’est la réalité. C’est un spectacle sur l’ouverture d’esprit : humour drôle, potache, intelligent, con et bête, parfois pas méchant mais un peu pathétique. Nous, les humoristes, sommes bombardés d’informations plus ou moins débiles tous les jours, et c’est normal que ça nous percute. Notre colère, on la transforme en rire et en réflexion. Dans une société où l’on cherche à nous diviser, l’humour et le rire sont rassembleurs.

REC : J’allais rebondir avec l’humour des Nuls, que tu as bien connu : c’était avant tout beaucoup d’autodérision, dans un travail hyper millimétré. On avait l’impression qu’ils ne faisaient que déconner, alors que c’était totalement l’inverse. On sait que plus quelque chose semble facile, plus il y a de travail derrière. De nos jours, très peu de comédiens et comédiennes travaillent sur l’autodérision — je pense à Jarry.

AP : L’autodérision de Jarry, c’est grossir le trait sans être grossier. Nous, dans Caméra Café, on est tous pathétiques : il n’y en a pas un pour relever l’autre. À la télévision, le téléspectateur croyait que l’on improvisait, alors que tout était écrit jusqu’au souffle près. C’était une idée géniale de Le Bolloc’h.

REC : Y aura-t-il un jour une suite de Caméra Café, avec toute l’impertinence que ce format possédait ? Depuis, il y a eu des événements qui ont changé la donne : Samuel Paty, le Bataclan… tous ces événements ont apporté leur lot de souffrance.

AP : Je suis tout à fait d’accord avec toi. Le seul lieu de culte actuellement, c’est l’école, et le prochain — j’espère que non — visera un établissement scolaire. On a des établissements pour chaque classe sociale, et moins on réalise cette diversité, plus on a peur de l’autre, et moins on a envie de côtoyer les autres classes sociales. C’est absolument terrible, parce que dans chaque ville, on a le quartier calme, le quartier chaud, etc., et ça, on le constate partout. Je pensais que l’on avait uniquement l’école de la République ; maintenant, on a des écoles en fonction de la religion, et après, on agira dans la répression. Les hommes politiques seront là pour nous guider, mais sans agir…

⭐ Questionnaire de Proust à la provençale

REC : As-tu une musique qui te rend joyeux ?

AP : Happy, de Pharrell Williams.

REC : Quel est le défaut dont tu aimerais te débarrasser ?

AP : Aucun, j’aime tous mes défauts.

REC : Quelle est la qualité que tu aimerais avoir ?

AP : J’aimerais être plus intelligent que tout le monde, pour guider mon peuple vers la résilience, la bienveillance et l’apaisement.

REC : Quelle est la personne vivante ou décédée que tu aimerais rencontrer ?

AP : Jean-Jacques Goldman.

REC : Quelle est ta principale phobie ?

AP : Ne pas avancer dans mes projets : la kakorrhaphiophobie ou l’atélophobie (peur de l’échec ou de l’imperfection).

REC : Quel est le principal compliment que tu détestes que l’on te dise ?

AP : « Alexandre, tu es vraiment très très gentil » (au lieu de dire « tu es con » ou « tu es bête »).

REC : Si ta maison brûle, que sauves-tu en premier ?

AP : Mes ordinateurs.

REC : As-tu un lieu préféré à Avignon ?

AP : Le 75 rue Guillaume-Puy.

REC : Si tu devais être un prix, lequel serais-tu ?

AP : Le prix du danger.

REC : À qui aimerais-tu dire pardon ?

AP : À tous ceux que j’ai pu blesser.

REC : Si tu étais un animal, tu serais…

AP : Un chat-chien, le mélange des deux.

REC : Une couleur : tu serais…

AP : Bleu.

REC : Un des quatre éléments ?

AP : Le vent, donc l’air.

REC : Un lieu où tu aimerais jouer ?

AP : L’Olympia.

REC : Ton lieu de vacances idyllique ?

 AP : La Méditerranée.

REC : PAC à l’eau ou piscine ?

AP : PAC à l’eau.

REC : Pastis ou Ricard ?

AP : Pastis.

REC : Plutôt campagne ou Paris ?

AP : Paris.

REC : Plutôt ambiance de la place de l’Horloge ou Rooftop de l’Europe ?

AP : Ni l’un ni l’autre : je préfère la rue des Teinturiers.

REC : Cigale ou silence ?

AP : Silence.